L’avarice du cœur

par | 28.06.2020 | En accès libre, Pain de méninges, Slobodan Despot

Il y a une avarice pire que celle de l’argent, une lésine par ailleurs devenue aujourd’hui générale: je veux parler de l’avarice du cœur, de l’âme et de l’esprit. Ne pas trop aimer, ne pas trop réfléchir (ni trop loin, ni trop profondément, ni trop au-delà de soi), ne pas trop s’enflammer (ni pour un idéal, ni pour le monde, ni pour soi-même), ne pas trop s’enthousiasmer non plus (cela provoque des insomnies) — telles sont, désormais, les petites vertus des petits hommes d’aujourd’hui. Bientôt viendra un temps où l’on ne comprendra plus du tout la grandeur, quelle qu’elle soit, ni celle des sentiments, ni celle de la pensée, ni celle de l’Histoire, de l’art ou de l’État: Napoléon, Jeanne d’Arc, Michel-Ange, Dante, Shakespeare, Tristan et Iseult, Héraclite et Parménide, Alexandre ou César nous deviendront peu à peu complètement étrangers — pour beaucoup, ils nous semblent déjà venir d’une autre planète, plus altière sans doute, et, pour cette raison, plus digne d’être aimée. La grandeur, l’instinct de grandeur s’éteindra dans les cœurs, et seul ce qui sera petit aura le droit de parler. La petitesse des sentiments deviendra même le critère décisif d’évaluation des valeurs admises, efficacement concurrencée en cela avec l’étroitesse de vue et de pensée; il s’agira surtout de produire le moins d’intelligence possible: car penser au-delà de soi est devenu trop fatigant. L’amour aussi sera réduit à sa portion congrue (cela aussi est devenu trop fatigant) ; et rien de ce qu’ont aimé nos ancêtres et les hommes avant nous ne sera plus digne d’être aimé, célébré ou défendu. Point n’est besoin d’«invasions barbares» pour faire s’effondrer une civilisation, la barbarie est au-dedans — et elle est d’abord intérieure, sévissant dans le cœur de chaque homme qui oublie ce qu’il est, d’où il vient, ce qu’il pourrait devenir et ce qu’il doit à la terre, ainsi qu’à tous ceux qui l’ont précédé dans l’Histoire.

Gilles Wauthoz — La Grande Raison.

On peut aussi lire…

L’anti-haine, vingt-quatre heures sur vingt-quatre

Sans même savoir à quel point, nous sommes tous chargés de haine. Nos éducateurs se chargent désormais de nous mettre sur le droit chemin. Partout et sans cesse. A quoi cela nous conduit-il? Probablement pas à l’amour universel…

CONFIDENTIEL
Les abonnés ont déjà reçu cet article dans leur lettre.
SE CONNECTER S’ABONNER

Patrick Gilliéron Lopreno: l’horreur de la mort (et de la naissance) administrée

Notre correspondant photographe nous propose cette semaine une chronique très personnelle, mais dont le thème est universel et central. Nous passons ce cri du cœur comme une incitation à réfléchir à la réalité des méthodes «progressistes» par lesquelles on nous propose de simplifier la mort et la vie. Il ne s’agit pas de la condamnation de l’acte d’un homme, mais plutôt d’un acte d’opposition radical à l’esprit du temps.

CONFIDENTIEL
Les abonnés ont déjà reçu cet article dans leur lettre.
SE CONNECTER S’ABONNER

Maurice Pergnier: un racisme peut en cacher un autre

L’Amérique est en proie aux émeutes raciales — et l’Europe lève son petit poing à son tour. Après la pandémie de la peur, nous voilà confinés dans notre culpabilité par la pandémie de l’autoflagellation. Maurice Pergnier, linguiste, écrivain, professeur émérite à l’Université de Paris-Est-Créteil nous propose cette mise au point historique sur la pérennité de l’esclavage que les médias de grand chemin n’ont pas été intéressés à publier.

CONFIDENTIEL
Les abonnés ont déjà reçu cet article dans leur lettre.
SE CONNECTER S’ABONNER

Kosovo, la chute du Serpent

Alors que l’administration américaine lance une nouvelle initiative sur le Kosovo, l’inculpation de Hashim Thaçi vient mettre en suspens tout le processus. Mais elle rappelle aussi le désastre absolu qu’a été la confiscation, par l’OTAN, de la province sud de la Serbie. Punition tardive d’un bourreau ou coup tactique?

Le vote, à quoi bon?

Oui, vous avez toujours la possibilité de refuser. De dire votre désaccord. De ruer dans les brancards. Mais cela servira-t-il à quelque chose? La question n’est pas nouvelle, les réponses pourraient l’être.

CONFIDENTIEL
Les abonnés ont déjà reçu cet article dans leur lettre.
SE CONNECTER S’ABONNER

L’Antidote!

Chaque dimanche matin dans votre boîte mail, une dose d’air frais et de liberté d’esprit pour la semaine. Pourquoi ne pas vous abonner?

Nous soutenir