Pascal Vandenberghe

Pascal Vandenberghe

Rédacteur

Editeur, libraire et commerçant dans une autre vie, Pascal Vandenberghe signe depuis la trente-neuvième semaine de l’Antipresse, sous son nom de guerre de Cannibale lecteur, des chroniques de livres qui se distinguent autant par leur nécessité que par leur indifférence totale à l’actualité.

Au fil du temps, il a constitué une véritable bibliothèque de l’honnête homme, nous donnant non seulement des raisons de lire des livres auxquels nous n’aurions jamais songé, mais encore des motifs de nous croire plus intelligents que nous ne sommes.

Son manifeste de lecteur-prescripteur pourrait être celui de l’adorable Léon Werth :

La critique littéraire ne doit pas se contenter de parler des livres à la mode ni des auteurs connus dont on devine qu’ils seront lus par les critiques contemporains, ceux qui, comme disait Jaurès, se contentent de promener “leur âme au milieu des chefs-d’œuvre”. La première règle d’un bon journaliste, s’il en est une au moins, est de ne jamais parier sur l’inculture de ses lecteurs et de ne jamais miser sur leur indifférence à l’égard de ce qu’ils ne connaissent pas, mais dont rien n’autorise à penser qu’ils ne voudraient pas le connaître. (Gilles Heuré, L’insoumis. Léon Werth. 1878-1955, éd. Viviane Hamy.)

Les articles de Pascal Vandenberghe

«Des chemins, non des œuvres» (2)

Prenez n’importe quelle œuvre de plusieurs milliers de pages. Extrayez-en quelques citations ayant un point commun. Rendez-les publics en les «analysant» de façon à les rendre cohérentes entre elles. Il est fort probable que vous obtiendrez le résultat attendu: celui de réussir à faire croire que l’œuvre en question tourne autour de ce «point commun». C’est, en raccourci, ce qui est arrivé à Martin Heidegger avec l’antisémitisme.

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«Des chemins, non des œuvres» (1)

En novembre paraîtront en français les deux premiers volumes des *Cahiers noirs* de Martin Heidegger. Depuis le début de leur publication en allemand en 2013, la bataille fait rage entre les «anti» et les «pro» Heidegger. Que sont ces fameux Cahiers? comment s’inscrivent-ils dans l’œuvre du philosophe? en quoi consiste la controverse et que peut-on penser?

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La troisième vie de Stefan Zweig

30 janvier 1933: Hitler est nommé chancelier par le président Hindenburg. Dès octobre, Zweig quittera l’Autriche et passera le plus clair de son temps à l’étranger, en particulier à Londres, où il emménagera officiellement en mars 1936. Il effectue encore quelques séjours en Autriche, à Salzbourg et à Vienne, jusqu’en mars 1938 et l’*Anschluss*, l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne, mais n’y reviendra plus ensuite jusqu’à sa mort, en février 1942 à Petrópolis, au Brésil. Cette «troisième vie» est à mes yeux une période de sa création littéraire des plus fructueuses.

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La deuxième vie de Stefan Zweig

La période «salzbourgeoise» de Zweig, qui s’étala de 1919, à l’issue de la Première Guerre mondiale, à l’accession d’Hitler au pouvoir en Allemagne, en janvier 1933, fut celle du succès et de la gloire internationale. Mais plus que d’autres, il perçut très tôt les nuages qui s’accumulaient au-dessus de l’Europe.

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La première vie de Stefan Zweig

Robert Laffont vient de publier un recueil de textes de Stefan Zweig, pour la plupart inédits en français. Il s’agit de treize articles parus dans des journaux autrichiens et allemands entre août 1914 et octobre 1918, c’est-à-dire entre le déclenchement et la fin de la Première Guerre mondiale.

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Rien que la vérité, toute la vérité?

Comme aurait dit notre ami Vialatte: «La vérité remonte à la nuit des temps»! Elle prend son sens en tout cas avec l’apparition des premiers historiens, Hérodote et surtout Thucycide, au Ve siècle av. J.-C.; elle sera l’objet de controverses et de fâcheries à de nombreuses reprises au fil de l’Histoire, et elle est plus que jamais un sujet à l’ère de la diffusion de l’«information» tous azimuts, internet et réseaux dits «sociaux» obligent. Mais la vérité est-elle une valeur en soi, ou n’a-t-elle de vertu qu’utilitaire? Est-elle un devoir absolu? Petite visite du concept de vérité à travers le livre de Bernard Williams, *Vérité et Véracité. Essai de généalogie*.

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Prix et mépris (littéraire)

En choisissant d’inclure dans sa première sélection 2018 un ouvrage autopublié par Amazon, le jury du prix Renaudot a lancé un message incompréhensible aux acteurs du monde du livre, en particulier aux libraires. Version longue de la chronique publiée ce jour dans *Le Matin Dimanche*, dont le format ne permettait pas de développer certains aspects non négligeables de cette «petite affaire» qui agite le-monde-des-lettres.

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Et tout le reste n’est que littérature (2)

*Pour Sganarelle* n’est pas que la préface d’une trilogie intitulée «Frère Océan»: comme on l’a vu, c’est également un plaidoyer pour le Roman. Et c’est aussi, comme le dit le sous-titre, la «Recherche d’un personnage et d’un roman», dont Gary esquisse les traits principaux tout au long du livre. Entrons dans l’univers romanesque de Romain Kacew/Romain Gary/Fosco Sinibaldi/Shatan Bogat/Émile Ajar, par ordre d’apparition en scène de notre saltimbanque à la recherche du «roman total».

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Et tout le reste n’est que littérature (1)

Pas assez diplomate pour la chancellerie, trop éloigné des genres littéraires dominants du moment pour le monde des Lettres, Romain Gary, l’homme aux multiples noms et facettes, était un iconoclaste inclassable qui fut à la recherche du «roman total» et ne put obtenir la reconnaissance de son génie par ses pairs, lui qui était, selon ses propres dires, «un peu cosaque et tatare, mâtiné de juif». Un marginal comme on les aime!

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Monsieur Léon, le meilleur ami du monde (3)

Après un périple de trente-trois jours pour effectuer le voyage de Paris à Saint-Amour, dans le Jura français, Léon Werth et sa femme arrivent en juillet 1940 à Chantemerle, leur résidence d’été. Werth y restera jusqu’en janvier 1944. Il tiendra un journal, qui s’achève le 26 août 1944 sur l’image de De Gaulle descendant les Champs-Élysées dans Paris libéré, après quatre ans d’occupation allemande.

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