[Une justice de classe?] Curieusement, lorsqu’on s’attaque à la criminalité des collets blancs, on est rapidement étiqueté soit de procuratore d’assalto (procureur d’assaut), soit de gauchiste. Comme si s’en prendre aux délinquants qui sont le mieux intégrés dans la société et qui nous ressemblent le plus par leur style de vie constituait une intolérable atteinte à l’ordre social. S’il nous arrive de poursivre des politiciens, on n’échappe pas à l’accusation de harcèlement et de persécution partisane.

[Une presse libre face à la CIA?] Dans le classement de l’indice de liberté de la presse, Haïti précède nettement l’Italie, par exemple, alors que Cuba est juste un peu mieux que la Chine. Mais combien d’Haïtiens profitent vraiment de cette liberté de la presse? La question mérite detre posée: dans un environnement international aussi hostile et menaçant, l’Etat cubain aurait-il pu assurer une telle protection de sa population avec un système de partis et une presse libre? La question peut paraître blasphématoire, mais j’avoue me l’être posée. Le rôle de la CIA en Amérique du Sud est bien connu: par le biais de financements de médias, de partis et de mouvements en tout genre, elle a contribué à renverser des régimes qui ne lui convenaient pas. L’agence américaine dispose notoirement d’un budget colossal pour conditionner l’opinion publique?

[Lumumba, Sankara et autres combattants pour la liberté assasinés en Afrique.] Pourquoi est-ce que je raconte tout cela? Parce que ces personnages ont eu une certaine influence sur mon mode de penser, ils m’ont fait comprendre qu’il fallait être prudent avant de juger et de se laisser entraîner par la pensée dominante qui veut toujours représenter les faits comme une confrontation inéluctable entre le bien et le mal, entre les gentils et les méchants. C’est aussi de cette façon, par exemple, qu’on présentera les conflits dans les Balkans ou en Syrie.

[La corruption, menace n° 1] Je considère que la corruption est la principale menace pour les sociétés démocratiques. Oui, plus grave que le terrorisme. Ce dernier est une attaque frontale contre notre système socioculturel. L’Etat et la société se sentent menacés et réagissent, souvent surréagissent, un peu comme le corps humain qui mobilise ses anticorps en présence d’une agression bactérienne. La corruption est infiniment plus sournoise, elle s’insinue dans le tissu social en exploitant subtilement certains des penchants de ce dernier. C’est un virus qui occupe subrepticement l’organisme pour l’affaiblir et le détruire depuis l’intérieur. La corruption fait fonction d’incubateur pour le crime organisé et pour des trafics de tout genre et agit comme polluant toxique pour les institutions démocratiques.