Nous sommes témoins d’événements dont l’ampleur nous écrase. La disproportion semble ridicule avec des époques où les caractères nous semblaient à la hauteur des défis. À moins que ce soit l’inévitable distorsion du temps qui nous leurre? Qui nous dit que les contemporains de la chute de Constantinople, de la Révolution française ou de la Grande Guerre n’étaient pas aussi timorés, aussi incompétents et aussi corrompus que ceux qui se retrouvent à piloter nos destinées alors que leurs pieds ne touchent pas terre? À moins, aussi, que nous ayons les lorgnons si bien ajustés sur la bassesse qu’il nous soit impossible de voir la grandeur? De cette Amérique qui agonise, par exemple, ne voit-on pas émerger des figures épiques?
Réveil en terre inconnue
L’Europe de demain ne ressemblera plus en rien à celle d’il y a un siècle. Elle ne ressemblera même pas à celle de notre enfance. Le mouvement est irréversible. Certains l’ont vu très tôt, et ont payé cher leur clairvoyance. La plupart ont dormi pendant la plus grande partie du voyage. Ils ne reconnaissent pas la gare où ils viennent de se réveiller. Leur détresse est grande.

