Si Boris Hagelin n’avait pas déménagé en Suisse en 1948, il n’y aurait pas aujourd’hui d’affaire Crypto. Il est capital de comprendre pourquoi il y est venu. Et pour cela, il faut se replonger dans l’ambiance paradoxale du monde du renseignement à la veille de la Guerre froide.
La Suisse ou le pivot du monde (1)
Pendant plus de mille ans, l’Occident fut le centre du monde. Et ce centre avait un cœur d’où descendaient ses eaux et par où passaient ses routes capitales: la Suisse. Si la civilisation globale, comme l’a dit l’historien Nicolas Troubetzkoy, est une invention de *l’égocentrisme romain-germanique*(1), le bloc alpin peuplé par les Suisses a joué un rôle essentiel dans cette invention. Un pays doté d’une histoire et d’une personnalité aussi singulières peut-il se noyer dans le marasme ambiant? Ses propres dirigeants, aujourd’hui, semblent penser que oui. On peut juger leur empressement à s’autoeffacer un peu… prématuré.