COVID-19 • Navigation bloquée en mode «panique»

par | 27.10.2020 | En accès libre

Coronair, par Slobodan Despot

Le 1er juin 2009, le vol Air France 447 Rio-Paris sombrait corps et biens dans l’Atlantique. Certains ont évoqué le terrorisme. C’eût été presque rassurant. En réalité, des mesures de vitesse erronées ont entraîné des réactions humaines inadéquates. Affolés par la tempête et le bruit des signaux d’alarme, les pilotes ont cabré l’avion au lieu de… ne rien faire! Dans un appareil moderne, la cognition directe et la capacité de décision du commandant sont marginales. Le rapport à l’environnement et la conduite des opérations sont hautement médiatisés par la technique. L’humain doit se battre pour avoir le dernier mot. Quand il le peut.

Les accidents à répétition du Boeing 737 Max n’ont fait que confirmer cette dérive, en plus grave. Vous avez beau être un as du pilotage et réagir au mieux, une faille de logiciel peut vous envoyer au tapis. Et vous contemplerez, tel le pilote d’Ethiopian Air avec son manche à balai inopérant entre les mains, le sol foncer à votre rencontre sans rien pouvoir y faire. Comme le chantait Pink Floyd dans The Dark Side of The Moon: «Il y a quelqu’un dans ma tête, mais ce n’est pas moi».

Notre traversée de l’an 2020 ressemble fort à un vol chaotique. A cause du risque et de l’inconnu, nous avons accepté de suspendre nos libertés et d’être traités comme des enfants. Nous écoutons sagement les ordres d’un équipage qui, hors de cette cabine, n’aurait aucune autorité sur nous. Nous ne voyons pas ceux qui nous conduisent et n’avons pas à discuter leurs décisions. Les informations sur les turbulences que nous traversons nous parviennent via des interfaces techniques. Celui qui voudrait mettre le doigt dehors pour contrôler la vitesse serait ligoté comme un fou. De même celui qui voudrait de faire le tour des urgences, en Suisse ou ailleurs, pour voir qui y gît vraiment et pourquoi. Or, ces sceptiques se multiplient.

Car la confiance a pris un coup dans l’aile. Nous tolérons les contraintes d’un vol parce qu’il a un but précis, une durée limitée et que nous nous fions aveuglément à l’équipage. Comment nous sentirions-nous si le coucou commençait à changer de cap toutes les dix minutes, si les prévisions météo étaient aussi péremptoires qu’arbitraires, si l’heure d’arrivée disparaissait des écrans, si l’on nous expliquait que les ceintures sont inutiles au décollage mais qu’il faut absolument les porter en vol et si, en plus, on nous grondait de poser des questions? Certains ne commenceraient-ils pas à se sentir détournés?

Ainsi avons-nous entendu, au printemps, les ministres comme Véran et Fauci déclarer que les masques ne servaient à rien, sauf peut-être à rassurer les angoissés — avant de les imposer sans aucune base scientifique à l’appui (même le centre pour l’evidence based medicine à Oxford reste plus que perplexe sur le sujet). En Suisse, M. «Covid» Koch a lâché en partant à la retraite que la fermeture des écoles selon lui ne se justifiait pas épidémiologiquement, mais plutôt comme une mesure, mettons, de persuasion (TJ du 28 mai). Et voici que, surfant sur une «deuxième vague» plus déferlante sur les écrans que dans la rue, on ravive le spectre du confinement alors même que les officiels de l’OMS, désormais, mettent en avant sa nocivité. Et, par pudeur, ne nous demandons même pas ce qu’il est advenu des terrifiants pronostics du fameux Dr Ferguson, qui sema plus de panique chez les Anglais avec ses modélisations erronées que les Allemands avec leurs fusées V2.

En fin de compte, l’épopée du Covid commence à ressembler à un avion en difficulté dont les pilotes ont les mains liées par une navigation bloquée sur le mode «panique». Les signaux de catastrophe sont enclenchés par un ciel tout juste agité, la cabine vomit et s’affole, moins à cause de la tempête que du pilotage. Il serait grand temps de désactiver les algorithmes et de repasser en manuel, avec des réactions en phase avec la réalité.

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