#### CHAPITRE II Dans Les Origines du totalitarisme, son grand livre composé au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, Hannah Arendt décrivait les progrès, à notre époque, de l’atomisation sociale, progrès qu’elle associait au déclin de l’Etat-nation traditionnel, en même temps qu’à l’avènement du totalitarisme. Elle dressait ainsi le bilan d’un demi-siècle de guerres et de bouleversements en tous genres. Aujourd’hui encore, ses analyses se lisent avec profit. Sauf que, depuis lors, le processus d’atomisation non seulement ne s’est pas arrêté, mais a singulièrement gagné encore en ampleur. Il s’est même, depuis la chute du mur de Berlin, assez nettement accéléré. Du démantèlement des anciennes souverainetés nationales à la remise en cause du modèle familial traditionnel, en passant par la dérégulation néolibérale et la fragmentation de l’espace social (parfois même géographique) liée à l’immigration de masse, on en mesure aujourd’hui les avancées. C’est désormais la société civile dans son ensemble qui […]
La Suisse ou le pivot du monde (1)
Pendant plus de mille ans, l’Occident fut le centre du monde. Et ce centre avait un cœur d’où descendaient ses eaux et par où passaient ses routes capitales: la Suisse. Si la civilisation globale, comme l’a dit l’historien Nicolas Troubetzkoy, est une invention de *l’égocentrisme romain-germanique*(1), le bloc alpin peuplé par les Suisses a joué un rôle essentiel dans cette invention. Un pays doté d’une histoire et d’une personnalité aussi singulières peut-il se noyer dans le marasme ambiant? Ses propres dirigeants, aujourd’hui, semblent penser que oui. On peut juger leur empressement à s’autoeffacer un peu… prématuré.