Nous n’irons plus aux bains (de Lavey)

par | 31.07.2021 | En accès libre, La poire d’angoisse

Cette semaine, une lectrice nous a adressé le courrier qui suit, ne sachant plus à qui s’adresser. Son témoignage brut, non retouché, vaut dix articles d’analyse sur la dérive de l’état de droit. Nous le publions pour faire connaître son cas, éventuellement susciter un lien avec un avocat ou un juriste, et surtout pour graver dans la chronique des temps ce cliché de la réalité détraquée par la covidéologie que nous sommes en train de vivre.

Nous avons tous été élevés dans la certitude que nous vivions dans un état de droit et qu’il n’y avait aucune autorité au-dessus de la Constitution, elle-même assise sur la Déclaration universelle des droits de l’homme. Cette confiance nous est si innée qu’elle nous a, peut-être, empêchés de voir l’évidence: que ce bel édifice n’existait plus et que nous sommes de plus en plus, comme dans les républiques bananières, exposés au bon vouloir des bureaucrates et des potentats à tous les niveaux, fût-ce au guichet d’une piscine.

Sarah Roulin, enceinte, a voulu prendre deux jours de détente aux Bains de Lavey, bien connus en Suisse romande. Elle a été rejetée et n’en revient qu’avec un plein de peur et d’amertume, pour des mois ou des années. Elle avait pourtant le droit pour elle.

On est frappé, dans le récit de sa mésaventure, par ce va-et-vient entre la face publique et les arrière-salles propre aux régimes d’arbitraire — et ce jusque dans les stations de police. A ce train-là, on verra sans doute aussi les juges prendre leurs consignes via une oreillette.

Ceci n’est pas spécifiquement lié à la psychose du Covid. Nous avons publié un reportage effarant sur les abus de pouvoir, la manipulation et les brutalités policières dont a été victime le lanceur d’alerte Simon Brandt non à Bogotá, mais à Genève. Qu’est-ce qui autorise — ou oblige — une police locale vaudoise à couvrir les agissements illégaux de la direction des bains?

Mais ce qui déroute encore davantage, c’est ce zèle de certaines entreprises privées à appliquer des règles surréalistes au-delà même de la conformité attendue d’elles. Ces entreprises qui instaurent préventivement la discrimination à l’égard de leurs clients se passent elles-mêmes la corde qui les étranglera. Nous invitons donc nos lecteurs suisses à ne plus mettre les pieds aux Bains de Lavey. Pour peu que le respect de vos droits élémentaires et de votre dignité vous soit plus important que les plaisirs thermaux.

Et nous attendons également une prise de position du gouvernement vaudois sur ce dysfonctionnement de sa police. (S. D.)

Lettre de Sarah Roulin, 25 juillet 2021.

Par ce texte, je souhaite exposer mon sentiment d’être bel et bien dans un état de non droit et d’ores et déjà traitée comme une pestiférée. Pouvez-vous m’aider à relayer cette histoire?

Afin de profiter d’un instant à deux avant mon accouchement prévu début septembre, je décide de réserver, avec paiement en avance, un séjour en suite pour une nuit et deux jours aux bains (paiement pour les restaurants également).

C’est ainsi que nous nous sommes rendus le 21 juillet dernier à Lavey-Les-Bains, directement à l’hôtel réservé. Disposant d’un certificat médical (je prends avec moi la version originale), j’entre comme à mon habitude sans masque. Mon conjoint est lui muni de ce fameux «sésame». La collaboratrice de la réception nous accueille de manière amicale et souriante et me demande si je dispose d’un masque. Ce à quoi je réponds poliment: «Non car je suis au bénéfice d’un certificat médical indiquant mon incapacité à le porter». Elle m’informe que conformément à leur règlement interne et bien que munie d’une attestation officielle, on ne m’autorise pas à m’y rendre. Ce à quoi je rétorque que je doute que leur pratique soit légale car elle s’apparente, selon moi, à de la discrimination.

Elle se rend donc dans une autre pièce pour se renseigner et revient avec un des responsables présent ce jour-là. Il réitère les propos de sa collègue et rajoute «si vous restez, nous veillerons à ce que votre masque soit correctement porté sur le nez». Je tente une dernière fois de lui faire comprendre que si je dispose d’un tel certificat, c’est parce que je suis dans la réelle impossibilité de le porter sans mettre ma santé en danger. Rien n’y fait. Je décide donc de sortir pour contacter la police et ma protection juridique.

La police nous confirme sans trop s’avancer tout de même que selon elle, nous sommes en effet dans notre bon droit car je dispose d’un certificat médical et qu’ils ne peuvent donc décemment pas me refuser l’entrée. Il nous conseille toutefois de contacter ma protection juridique. Cette dernière semble également de cet avis, bien que ce soit la première fois qu’un assuré les contacte pour un tel cas. Elle m’incite à rappeler les policiers et leur demander de se déplacer pour venir prendre ma plainte directement sur les lieux et d’invoquer la discrimination en lien avec un handicap et une atteinte directe à ma personne. Nous rappelons donc la police qui, cette fois-ci, nous dit qu’elle ne se déplace pas pour cela mais que je suis dans mon droit et que c’est à nous de venir directement porter plainte au poste de police.

Mon conjoint entre à nouveau dans l’hôtel et tente une médiation afin d’éviter de porter plainte et par la même occasion de ruiner notre séjour. Le même responsable que tout à l’heure contacte le directeur général qui confirme rester sur ses positions et propose de nous rembourser. Nous sommes donc contraints d’accepter mais je leur demande de m’écrire noir sur blanc que la raison de ce refus est bel et bien le fait que je ne peux porter le masque alors que je dispose d’une attestation pour le certifier. Il m’affirme que je recevrai dans l’après-midi un e-mail mentionnant cette mésaventure mais qu’il faut que ce texte soit validé par sa direction. Nous partons donc directement au poste de police.

Une fois arrivé, un agent qui a déjà entendu parler de mon cas nous accueille. Quelle n’est pas ma surprise lorsque ce dernier m’informe qu’il a reçu l’ordre de refuser ma plainte! Ne souhaitant pas baisser les bras si vite, je demande une explication car je n’ai jamais entendu dire qu’il était possible de refuser une plainte, surtout que ses collègues ont à deux reprises confirmé mon droit et leur obligation de m’accepter. Il se rend donc dans la salle derrière l’accueil pour se renseigner.

Il revient en maintenant sa position et en invoquant le fait qu’il n’existerait pas de loi pour ce cas et qu’il ne peut donc pas accéder à ma demande de porter plainte contre les Bains de Lavey.

Je réplique une dernière fois en sortant un arrêté en provenance du site de la confédération Suisse et mentionnant la validité du certificat médical pour non port du masque afin d’éviter l’exclusion et la discrimination.

L’agent semblait mal à l’aise et comprenait totalement mon désarroi, il m’informe que personne n’est à ce jour allé plus loin concernant ce cas et m’invite à ne pas lâcher.

Nous sommes donc arrivés à 13 heures à l’hôtel et repartis démunis du poste de police à 17 heures.

Je continue mes démarches malgré les difficultés.

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