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Je ne lis plus les médias de masse depuis presque une décennie. Mon temps de cerveau disponible est trop précieux. J’étais pourtant avide de propagande atlantiste pendant des années: Financial Times, The Economist, Le Monde, Les Échos. Dès l’université, on m’avait dit que c’est ce que les puissants et les «gars dans le coup» lisaient. Je me disais qu’en lisant comme eux, je finirais logiquement par trouver mon prochain boulot dans les petites annonces de The Economist, le nec plus ultra pour le corporate slave occidental.

Puis mes activités m’ont amené à fréquenter les lecteurs assidus de ces publications. Une chose m’a immédiatement frappé: l’incapacité de mes interlocuteurs, des gens pourtant grassement rémunérés (i.e. considérés intelligents par le Système) et capables d’appréhender la complexité dans leur domaine de compétence, de regarder au-delà de l’analyse simpliste que servent les médias de masse sur des questions de géopolitique ou d’économie. J’étais en présence de banquiers incapables d’expliquer la crise financière de 2008 au-delà de la version officielle, tétanisés à l’idée de donner leur opinion sur l’affaire Kerviel et les lanceurs d’alerte dans la finance. Des diplomates qui recrachaient la propagande anglo-saxonne sur la dernière invasion démocratique américaine du moment, alors qu’ils avaient accès aux télégrammes diplomatiques de leur pays tous les matins. Des expatriés qui, à la pause de l’happy hour, ânonnent les analyses de leur quotidien favori, mais décrochent dès qu’un point de vue qu’ils n’ont pas déjà lu ou entendu dans un média agréé ou une conversation en ville surgit dans le débat.

Par déduction, j’ai compris que c’étaient ces médias que nous lisions tous, et que j’abandonnais progressivement, qui formataient les drones que je fréquentais. Ces médias n’étaient qu’une propagande premium pour les gagnants de la mondialisation: cette classe moyenne-supérieure mondialisée en costume-cravate-latte venti qui, tels des locustes se déplaçant au gré du vent, se répandent dans toutes les capitales économiques du monde, fats, repus, bronzés, connectés et persuadés d’être du bon côté du manche. Avec raison: il sont la garde prétorienne du 1 %.

Après un détour par la réinformation anglo-saxonne, la presse internationale russe, chinoise, iranienne même, après avoir passé au tamis à maillage étroit la sphère de la réinformation francophone, j’ai croisé la route d’un autre drone, celui de l’Antipresse.

Instinctivement, j’ai senti la gravité, au sens astronomique du terme, du média qui instille chez son lectorat la plus subtile des réinformations, celle qui n’a pas l’air d’en faire. La plume de ses contributeurs, de facture supérieure à ce qu’on trouve dans les médias français, m’a convaincu que c’était la manière de ramener une partie du lectorat francophone au bercail. Des analyses anticonformistes, énoncées de belle manière, qui battent à plates coutures la dépêche de l’AFP, les éditos germanopratins et une grande partie de ce que produit la sphère de réinformation française. C’est ce positionnement hybride qui m’a séduit: redonner aux lecteurs leur sens critique tous azimuts par la redécouverte d’une littérature oubliée, par le maniement expert de la langue française, loin des polémiques et des attaques frontales, le clash, dont raffolent les médias français sans faire avancer le Schmilblick.

Avant d’entrer dans le combat des idées, et la nécessaire redéfinition de la civilisation européenne, il nous faut retrouver le trousseau de clés qui ouvrent les portes des idées et des concepts énoncés il y a des siècles par nos sages. «Les hommes ignorants posent des questions auxquelles des sages ont répondu il y a mille ans», disait Goethe.

Au sujet de l’Asie et particulièrement de la Chine, j’écris dans l’Antipresse parce que la Chine est devenue trop importante au sein de l’économie et la géopolitique mondiales pour qu’on laisse le champ libre aux calomniateurs, élucubrateurs et agents de tous bords pour façonner l’opinion publique sur ce sujet qui lui paraît lointain, mais la concerne chaque jour un peu plus, qu’elle en ait conscience ou pas.

Il suffit de voir ce qu’on nous a dit sur l’Irak, la Libye, l’Ukraine et la Syrie pour qu’on ne se laisse pas berner une nouvelle fois au sujet de la Chine. J’estime essentiel de contribuer à rétablir un début d’équilibre et de neutralité au sujet de ce grand pays, complexe et constamment caricaturé dans les médias. Parce que la Chine se définit elle-même comme communiste, on lui attribue tous les maux du stalinisme et du bolchevisme, pour la critiquer, la sanctionner et tenter de la faire rentrer dans le rang de la démocratie libérale occidentale.

Je remercie l’Antipresse de donner à des gens comme moi cette opportunité d’exprimer une voix dissonante.

  • Article de Laurent Schiaparelli paru dans la rubrique «Thé d’Orient» de l’Antipresse n° 200 du 29/09/2019.