Un procureur tout-puissant exerçant aussi les fonctions de juge et bourreau. Un policier amnésique qui ne se rappelle plus rien, pas même à qui il a bien pu confier son arme de service. Un député, candidat à la mairie, flanqué au cachot sous une cascade d’accusations imaginaires, terrorisé et soumis à chantage afin de «donner» un ministre. Et des journalistes qui ne se contentent pas d’assister à la séance de waterboarding, mais qui ajoutent encore de l’eau dans les narines de l’accusé. Ce n’est pas le résumé d’une série sur la Gomorra ou d’un film de Costa-Gavras. Cela s’est passé près de chez vous, dans la plus proprette des démocraties.
La Suisse ou le pivot du monde (1)
Pendant plus de mille ans, l’Occident fut le centre du monde. Et ce centre avait un cœur d’où descendaient ses eaux et par où passaient ses routes capitales: la Suisse. Si la civilisation globale, comme l’a dit l’historien Nicolas Troubetzkoy, est une invention de *l’égocentrisme romain-germanique*(1), le bloc alpin peuplé par les Suisses a joué un rôle essentiel dans cette invention. Un pays doté d’une histoire et d’une personnalité aussi singulières peut-il se noyer dans le marasme ambiant? Ses propres dirigeants, aujourd’hui, semblent penser que oui. On peut juger leur empressement à s’autoeffacer un peu… prématuré.