
Mes parents sont décédés il y a plusieurs années. J’étais très proche d’eux. Ils me manquent encore terriblement. Je sais que ce sera toujours le cas. J’aimerais croire que leur essence, leur personnalité, tout ce que j’aimais tant chez eux, existe encore quelque part, pour de vrai. Je ne demanderais pas grand-chose, juste cinq ou dix minutes par an, pour leur parler de leurs petits-enfants, leur donner les dernières nouvelles, leur rappeler que je les aime. Une partie de moi, aussi puéril que cela puisse paraître, se demande comment ils vont. «Tout va bien?» aimerais-je leur demander. Les derniers mots que j’ai prononcés à l’intention de mon père, au moment de sa mort, ont été «Prends soin de toi». Parfois, je rêve que je parle à mes parents, et soudain, encore plongé dans mon rêve, je suis saisi par la prise de conscience irrésistible qu’ils ne sont pas vraiment morts, que tout cela n’était qu’une horrible erreur. Mais ils sont là, bien vivants, mon père lâchant des blagues ironiques, ma mère me conseillant gravement de porter une écharpe parce qu’il fait froid. Quand je me réveille, je revis un processus de deuil en abrégé. De toute évidence, il y a quelque chose en moi qui est prêt à croire en la vie après la mort. Et cela ne m’intéresse pas le moins du monde de savoir s’il en existe des preuves tangibles. Je ne me moque donc pas de cette femme qui se rend sur la tombe de son mari et lui parle de temps en temps, peut-être à la date anniversaire de sa mort. Ce n’est pas difficile à comprendre. Et si j’ai du mal à comprendre le statut ontologique de la personne à qui elle s’adresse, ce n’est pas grave. Ce n’est pas le sujet. Il s’agit ici de l’humanité des êtres humains.
― Carl Sagan.
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