
La guerre vous oblige à devenir comme votre ennemi. Hitler avait dit un jour que la véritable victoire des nazis consisterait à forcer leurs ennemis, les États-Unis en particulier, à devenir comme le Troisième Reich — c’est-à-dire une société totalitaire — pour pouvoir l’emporter. Hitler s’attendait donc à gagner même en perdant. En voyant le complexe militaro-industriel américain se développer après la Seconde Guerre mondiale, je n’arrêtais pas de repenser à l’analyse d’Hitler, et je n’arrêtais pas de me dire à quel point ce fils de pute avait raison. Nous avions battu l’Allemagne, mais tant les États-Unis que l’URSS ressemblaient chaque jour un peu plus aux nazis avec leurs gigantesques appareils policiers. Bon, il me semblait qu’il y avait là un petit humour ironique (mais pas beaucoup)… Regardez en quoi nous avons dû nous transformer au Vietnam juste pour perdre, sans même parler de gagner; pouvez-vous imaginer ce que nous aurions dû devenir pour l’emporter? Hitler aurait bien ri de tout ça, et ce serait nous qui en aurions fait les frais… Et c’eût été un rire creux et sinistre, dépourvu de toute forme d’humour.
— Philip K. Dick, Introduction à ses récits complets (1976), trad. SD.

