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Après la tentative piteuse d’il y a une dizaine d’années, le gouvernement suisse s’est remis en quête d’un avion de combat. Mais à quoi lui servirait une arme que son producteur peut désactiver ou espionner à sa guise ? Et si la vraie solution de sécurité et de souveraineté se trouvait dans l’espace ?

8 août 2019

Tom Shark prend connaissance des récents articles consacrés à la prochaine acquisition d’un nouvel avion de combat par la Suisse. Il constate avec effroi la candeur des décideurs helvétiques qui pensent pouvoir assurer leur indépendance en exigeant des engagements écrits et un accès complet au code source de tous les logiciels liés aux appareils. La protection des données des futurs avions de combat semble éveiller certaines consciences, à l’instar de ce qui s’était produit lors de l’acquisition par la police bâloise de véhicules de marque Tesla qui comportaient notamment des possibilités d’écoute des conversations ayant lieu dans l’habitacle. C’est toutefois la résignation qui prévaut: les principaux acteurs du dossier mettent en exergue la dépendance de la Suisse, ainsi que les risques de fuite ou de vols de données. Reste à savoir l’intensité de cette dépendance et à en mesurer les risques.

Tom sourit intérieurement. Manifestement les journalistes n’ont pas appréhendé l’étendue des problèmes inhérents à ce genre de marchés… La règle est simple: personne ne va vendre du matériel de guerre sans s’assurer que jamais celui-ci ne pourra être utilisé à son encontre ou à l’encontre de ses alliés! L’affaire des missiles Exocet et du destroyer britannique Sheffield est encore dans toutes les mémoires. À la lecture des conditions d’utilisation du F35 américain, il peut être constaté que les appareils sont dotés de systèmes de verrouillage et que chaque matin un nouveau code doit être introduit pour permettre à l’avion de décoller. Autrement et simplement dit, l’avion est inopérationnel sans l’accord des États-Unis d’Amérique. Seule la Grande-Bretagne, allié historique, peut utiliser l’appareil sans restrictions. Le problème n’est donc pas celui des données transmises, mais plutôt celui du servage vis-à-vis du pays du constructeur et de l’ensemble de ses alliés. Soyons clairs: ces avions ne serviront jamais à autre chose qu’à l’accomplissement de tâches de police aérienne.

21 août 2022

Tom Shark est rivé à son petit écran. Son pays minuscule, la Suisse, s’apprête à mettre en orbite son premier satellite de défense spatiale active. Suite au vote négatif des Suisses à l’automne 2020, il a fallu trouver une solution pour assurer une sécurité minimale avec le même budget qui était prévu pour l’achat des avions de combat, soit 6 milliards de francs suisses. L’expert désigné par la Conseillère fédérale Viola Amherd, un ancien cosmonaute, a alors proposé cette voie innovante. Personne ne le sait ou presque, mais la Suisse dispose, en sus d’une industrie de défense aguerrie, de compétences reconnues dans le domaine spatial. Elle a notamment fourni des satellites, dont CHEOPS intégrant des télescopes d’observation des exoplanètes. Après avoir analysé les politiques des pays voisins, les hauts fonctionnaires du Département de la défense ont opté pour une déclinaison de la stratégie française qui vise à éviter une arsernalisation de l’espace. C’est ainsi qu’un premier satellite d’observation (OGGI1) a été mis en orbite avec des capacités d’écoute et de renseignement stupéfiantes. La conflictualité spatiale a même été intégrée au concept de neutralité large qui prévaut désormais: ne jamais attaquer, mais être prêt à riposter sans délai! Le lancement de ce deuxième satellite dit de dissuasion passive vise à compléter l’arsenal spatial et à assurer une autonomie stratégique. Ses capacités lui permettent de protéger l’espace aérien helvétique et lui proscrivent toute action ailleurs. La miniaturisation des composants de même que l’industrialisation des processus de conception permettent désormais à chaque pays de développer ce pan de sa stratégie de défense. Mais surtout d’éviter toute interférence extérieure susceptible d’entraver, voire d’annihiler, un éventuel engagement.

L’électronique embarquée dans les différents outils de la guerre moderne constitue à n’en point douter leur talon d’Achille. En sus d’offrir une cible à l’adversaire, elle constitue une formidable opportunité pour les États producteurs de réguler les conflits. Seule une autarcie stratégique (illusoire à ce stade) pourrait permettre d’y échapper. L’avenir appartiendra à ceux qui pourront maîtriser les composants de la chaîne de défense et ainsi garantir une réelle indépendance. Et pour ce faire, une industrie d’armement indépendante est nécessaire.

  • Article de Sébastien Fanti paru dans la rubrique «Futurisk» de l’Antipresse n° 193 du 11/08/2019.