«Le mal naît où le jugement s’arrête, le refus de juger ne manque de favoriser le mal, le mal s’arme de nos respects et pour en imposer à la raison, seule en état de le confondre. Où l’on s’incline et se prosterne, c’est en définitive le mal qu’on adore et les profanateurs sont l’honneur de l’espèce humaine dans la majorité des cas, mais l’ordre a toujours trop de crimes à se reprocher pour endurer l’audace et tolérer un esprit d’examen dont il est la victime désignée. Le peuple ne voit donc le mal où le mal se situe, l’ordre et la foi qui double l’ordre l’en écartent, le mal est projeté sur des objets ou sur des hommes qui n’en peuvent mais et dont le bris ou le massacre n’arrangera pas les affaires, mais permettra du moins aux rages impuissantes de se décharger.» — Albert Caraco, «Du mal en tant […]
La Suisse ou le pivot du monde (1)
Pendant plus de mille ans, l’Occident fut le centre du monde. Et ce centre avait un cœur d’où descendaient ses eaux et par où passaient ses routes capitales: la Suisse. Si la civilisation globale, comme l’a dit l’historien Nicolas Troubetzkoy, est une invention de *l’égocentrisme romain-germanique*(1), le bloc alpin peuplé par les Suisses a joué un rôle essentiel dans cette invention. Un pays doté d’une histoire et d’une personnalité aussi singulières peut-il se noyer dans le marasme ambiant? Ses propres dirigeants, aujourd’hui, semblent penser que oui. On peut juger leur empressement à s’autoeffacer un peu… prématuré.