
Cette mythologie de la jeunesse cache un terrible mensonge, car elle naît d’une évolution que l’État totalitaire achève de précipiter. Si notre monde est obsédé par la jeunesse, c’est parce qu’il l’exclut de la société des adultes. Quand Condé et Hoche étaient généraux à vingt ans, il n’y avait pas de ministère de la Jeunesse. Il n’y avait pas de jeunes, il n’y avait que des hommes. Notre civilisation technique en prolongeant la formation des cadres jusqu’aux abords de la trentaine et l’automatisme de notre hiérarchie, en réservant les postes de direction aux quinquagénaires, refoule à la fois l’instinct sexuel et la volonté de puissance, non pas de la jeunesse, mais de l’homme à l’apogée de sa virilité. […] Il n’y a rien de tel qu’un régime autoritaire pour maintenir les mêmes individus en place jusqu’à leur mort.
— Bernard Charbonneau, L’État (1943-1949)

