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La situation à Hong Kong se dégrade de jour en jour, avec son lot de provocations nouvelles de la part des manifestants, de moins en moins nombreux, et donc de plus en plus radicalisés. Le gouvernement de Hong Kong joue une partie délicate avec des émeutiers soutenus et conseillés depuis l’étranger, qui font feu de tout bois pour pousser la police à la bavure.

Hong Kong: un policier pris à partie par les manifestants

Le projet d’amendement qui a mis le feu aux poudres a été suspendu par le gouvernement, ce qui a eu pour effet que la plupart des citoyens responsables (ceux qui se lèvent le matin pour aller travailler et nourrir une famille, au contraire des émeutiers qui sont désormais presque exclusivement des étudiants et des jeunes désœuvrés), qui pouvaient se sentir solidaires d’un mouvement de protestation sociale, ont cessé de se rendre aux manifestations, et ont été d’autant plus prompts à se désolidariser des revendications du mouvement qu’il s’est radicalisé sous l’influence d’agents étrangers, et n’a plus raison d’être.

Après avoir défilé avec une partie de la population active le week-end, les manifestants sont devenus des émeutiers, ce qu’ils ne peuvent plus nier tant leurs actions sont aujourd’hui exclusivement violentes. Ils s’attaquent désormais en semaine aux usagers du métro pour les empêcher de se rendre à leur travail, mettant ainsi à jour le fossé qui les sépare de la population active, dont une partie les a un instant soutenus, avant de retourner au travail.

Une mise en scène de la violence

Après la destruction de l’Assemblée nationale et le siège de postes de police, les attaques physiques contre la police se multiplient: jets de bouteilles d’acide, doigts arrachés par morsure, lancers de projectiles lourds, utilisation de bâtons et barres de fer, attaques à dix contre un sur des policiers isolés. Les meneurs des manifestations, qui exigeaient il y a quelques semaines que la police et le système judiciaire ne qualifient pas leur mouvement «d’émeutes» ont depuis abandonné cette revendication.

La police a découvert la présence d’explosifs dans un local utilisé par les manifestants. La question est posée sur l’origine de l’entraînement reçu par des étudiants et de jeunes manifestants sur la manipulation d’explosifs, et leur capacité à s’en procurer dans une ville comme Hong Kong. Comme pour les manifestations de 2011 et 2014, tous les regards convergent vers Washington, qui n’en finit pas de s’ingérer dans les affaires de la Chine par communiqués de presse soutenant les manifestants.

Dans un article au titre évocateur (Une tactique de manifestant de Hong Kong: Faire en sorte de se faire frapper par la police), les manifestants avouent que leur tactique, o combien virile, qui consiste à harceler physiquement la police juste assez pour la pousser à les frapper, a pour but de s’attirer la pitié du public et la sympathie des médias occidentaux. Ceci a évidemment pour objectif de contraindre la police à commettre des actes de répression suffisamment télégéniques pour être utilisés par les médias occidentaux, quitte à les exagérer ou les déformer pour pouvoir publier des titres accrocheurs anti-Pékin (alors qu’il s’agit de la police de Hong Kong et que le chef de la garnison de l’Armée populaire de Libération basée à Hong Kong a précisé que sa mission n’était pas de rétablir l’ordre public), qui sont certainement déjà rédigés et prêts à partir sous presse. Il faut du matériau audiovisuel aux médias occidentaux pour pouvoir diffuser au plus fort de l’été des titres accrocheurs comme «Manifestations pacifiques matées dans le sang à Wanchai» ou «Tiananmen 2.0 à Admiralty».

Il est intéressant à cet égard de noter que le New York Times (qui mériterait de s’appeler le Langley Times) a déjà offert des espaces éditoriaux à divers agitateurs de Hong Kong au moins à 13 reprises depuis le début du mouvement (les 10, 13, 15, 17, 28 et 30 juin, parfois deux dans la même édition quotidienne, et les 1, 2, 3, 4, 5, 8 et 12 juillet), sans compter les articles de soutien de politiciens ou journalistes américains. Après une pause de 18 jours, le flot a repris le 30 juillet (avec ceci), selon une technique de propagande journalistique bien rodée de déferlante/silence/reprise des articles à charge, pour faire croire au lectorat crédule que «l’information» colle au cours organique des événements sur le terrain(1).

Les Hongkongais sacrifiés sur l’autel d’un objectif géopolitique impérial?

La présidente de Taïwan, qui doit son élection à Washington, et qui y prend donc ses instructions, a exprimé sa solidarité avec le mouvement dès les premiers jours, et a favorisé la soudaine création d’une Alliance Taïwan-Hong Kong aux objectifs vagues, déplaçant volontairement la discussion du domaine technique de l’extradition de criminels, à celui plus vendeur et volontairement flou de «lutte pour la démocratie». Cette manœuvre politicienne a eu pour effet de la propulser de la troisième à la première place dans les sondages d’opinion sur ses possibilités de réélection à la présidence en 2020.

Taïwan, dont l’industrie du tourisme ne vit que des touristes chinois et japonais, s’est déjà vu privée il y a deux ans d’une grande partie du flot de touristes chinois qui, devant l’hostilité ouverte de la présidente taïwanaise, ont «voté avec leurs pieds» et sont allés dépenser leurs yuans ailleurs, aggravant la récession de l’économie taïwanaise.

Depuis aujourd’hui, c’est une mesure de rétorsion officielle de Beijing: les citoyens des 47 villes chinoises qui étaient autorisés à voyager individuellement à Taïwan ne peuvent désormais plus le faire, et doivent maintenant passer par des agents de voyage officiels.

Autant dire que Taïwan peut faire une croix sur les touristes chinois et leurs devises. Le gouvernement de Taïwan et les quelques Occidentaux qui y sont encore établis peuvent prétendre que cela n’a pas d’importance, les chiffres parlent d’eux-mêmes, puisque la croissance taïwanaise est atone depuis que Tsai Ing-wen est arrivée au gouvernement, et que cela ne fait qu’empirer avec ce soutien incongru aux émeutiers de Hong Kong.

Washington sait pertinemment que Hong Kong est de retour dans le giron chinois pour de bon, et que les tentatives de déstabilisation récurrentes (Occupy Central en 2011-2012, La révolution des parapluies en 2014, et les manifestations de cette année), si elles sont stériles et vouées à l’échec à Hong Kong, peuvent en revanche porter leurs fruits sur l’échiquier international: une diabolisation de la Chine, qui éclipse totalement les États-Unis dans la région Asie-Pacifique, permet de resserrer les liens de plus en plus lâches avec la Corée du Sud et le Japon, justifie la création de bases militaires américaines supplémentaires en Australie et en Papouasie-Nouvelle Guinée, et produit même des dividendes électoraux à Taïwan, un territoire naturellement dans l’orbite de la Chine, et dont le mouvement séparatiste (celui du parti de la présidente en poste) est suicidaire en plus d’être vain. Agiter l’épouvantail d’une Chine agressive est le respirateur artificiel qui maintient en vie le Parti démocratique populaire (indépendantiste) de la présidente Tsai, dont l’électorat est majoritairement jeune, féminin et lgbt (pas toujours simultanément).

Ainsi, les émeutiers hongkongais et leurs naïfs soutiens, qui croient à une pseudo-indépendance de facto de Hong Kong par rapport à la Chine, voire à une indépendance de jure, ne sont que les pions habituels (jeunes yuppies urbains occidentalisés) de l’État profond américain dans toutes les révolutions de couleur qu’il supervise. Un parrain qui n’a que faire de leur bien-être, ne les utilise qu’en tant qu’agents du chaos par procuration, et les oubliera aussi vite qu’il se souvient sporadiquement d’eux quand il y a une opportunité de déstabilisation de la Chine.

NOTE
  1. Sur place, on ne se fait guère d’illusions. Le premier Chief executive hongkongais après la rétrocession, Tung Chee-Hwa, a ainsi déclaré que les émeutes sont pilotées depuis les Etats-Unis et Taiwan.
  • Article de Laurent Schiaparelli paru dans la rubrique «Thé d’Orient» de l’Antipresse n° 192 du 04/08/2019.