
Le modernisme est une maladie progressive, et nous, Occidentaux, en sommes aujourd’hui à un stade avancé, affirme M. Krutch. Laissons de côté la question de savoir à quel stade nous en sommes et si les dégâts sont encore réparables; c’est sa définition de cette notion abstraite qui m’impressionne. Car le modernisme est scepticisme et désillusion, et aboutit au désespoir. Nous atteignons un tel degré de conscience de nous-mêmes que nous remettons en question nos motivations naturelles et nos schémas comportementaux hérités. En tant qu’animaux bien élevés, nous ne devrions pas agir ainsi, car nous nous retrouvons alors sans vocation, nous sommes perdus; les nouvelles motivations ne peuvent avoir plus d’autorité que les anciennes, car la base de l’action n’est pas rationnelle. Nous commettons ainsi un suicide spirituel. En tant qu’artistes, nous devons refléter (comme nous l’avons sans doute fait à d’autres époques), avec piété et spontanéité, les causes, les attachements, les affections, les passions que nous chérissons en tant qu’hommes et femmes. Et si nous ne les chérissons plus ? Alors notre art doit refléter notre lassitude et notre cynisme; il devient alors de l’art moderne.
— John Crowe Ransom, 1935 (trad. SD).

