Millionnaires en esprit, ou les fumées de Cuba
«Jamais homme ne vit une terre plus belle», se serait écrié Colomb en découvrant Cuba. Chaque visiteur à sa suite aurait envie de partager son émerveillement. Sauf que tant de guerres, d’esclavagistes et d’ouragans sont passés par là, suivis de la révolution communiste. Les cicatrices que les âges et leurs mythes ont laissées composent un visage meurtri et profondément humain qu’on n’oublie jamais.
Raymond Aron, interprète de Clausewitz (3)
Quand on aborde l’œuvre de Clausewitz, on a le choix entre mettre l’accent sur ce qu’il dit de la guerre absolue ou sur la formule: «La guerre est une simple continuation de la politique par d’autres moyens». Les deux approches sont légitimes.
Les bureaucrates de l’utopie
Ce qui distingue le révolté en proie à l’indignation chronique du révolutionnaire sérieux est que le premier est capable de changer de cause et non le second. Le révolté dirige son indignation tantôt contre une injustice, tantôt contre une autre; le révolutionnaire...
Jean Romain: le respect de la laïcité est une question de respect démocratique
La récente oblitération par les juges, à Genève, d’une loi sur la laïcité votée en référendum, est un camouflet non seulement au principe de neutralité confessionnelle des institutions, mais encore à la démocratie directe. Jean Romain, philosophe, romancier, essayiste et ancien président du Grand Conseil (parlement) genevois, dénonce le danger, mais aussi le peu de motivation juridique, de cette ingérence.
Raymond Aron, interprète de Clausewitz (2)
Quand on se plonge dans le *Clausewitz* de Raymond Aron, on se rend vite compte que ce qu’il y a d’intéressant dans ce livre, autant au moins que Clausewitz lui-même, c’est Raymond Aron.
Le (tout) grand remplacement, ou l’Age de Fer
Sous ses airs rationnels, ce texte n’est qu’une digression de romancier sur un processus de décomposition-recomposition bien plus vaste qu’un «conflit de civilisations». Où l’on se demande si le remplacement des peuples n’est pas qu’un sous-produit du remplacement de l’homme en soi…
Recommandations pour une vie droite
Efforcez-vous de ne pas vendre la maison, la bibliothèque et les objets de famille. Ne le faites que si vous vous trouvez dans un besoin extrême. Ne recherchez pas le pouvoir, la richesse, l’influence ! Nous n’avons aucun besoin de tout cela. Car vous risquez une vie ennuyeuse et pénible. Soyez toujours bons et attentifs aux autres. Essayez d’écouter avec délicatesse le genre humain, sachez venir en aide à temps à ceux que le Seigneur vous enverra en demandeurs de votre secours. Regardez le plus souvent possible les étoiles. Lorsque votre âme souffrira, regardez les étoiles ou le ciel d’azur d’un après midi. Lorsque vous serez tristes, lorsqu’on vous aura offensés, lorsque vous aurez échoué, lorsqu’une tempête s’élèvera dans votre âme, sortez à l’air frais et restez seul avec le ciel, ainsi votre âme s’apaisera. — Père Paul Florensky,Lettres de Solovki (où il fut exécuté en 1937 — merci à […]
Le stylo
Le stylo-encre applique en joie son tracé nuancé, de pleins et de déliés. Il stimule autant l’écriture distinguée qu’il instigue à bien lire. Telle est la magie des plumes: qu’elles soient d’oie ou de corbeau, de Parker ou Sergent-Major, elles aiguillonnent (all. stachel) maints auteurs, autrement qu’un clavier. Elles les pousse à piquer (angl. sting) leur beau papier en y fichant *(all. *stecken) leur style (syn. « poinçon »). Toute la culture est tramée de ces points (gr. stigmai), qui figent aussi l’instant (gr. stigmi), depuis les temps indo-européens où *steig-* disait «piquer», «pointu». De là découlent nos Lettres, dont on sent bien, *instinctivement, qu’elles survivront encore à l’extinction des feux. Article de Arnaud Dotézac paru dans la rubrique «Sur ces mots» de l’Antipresse n° 211 du 15/12/2019.